Éditorial

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Chers Membres Fondateurs, chers membres actifs, 

Depuis l'ouverture de l'A.N.I.® Academy, j'ai reçu de nombreux messages d'encouragement. Certains proviennent d'anciens participants à mes formations, d'autres de confrères que je connais depuis de nombreuses années, d'autres encore de professionnels que je découvre aujourd'hui. Je voudrais tous vous remercier sincèrement. 

J'ai également eu le plaisir de constater que plusieurs médecins acupuncteurs et praticiens des médecines injectables ont rejoint notre communauté. Leur présence me réjouit particulièrement. 

Depuis longtemps, j'ai la conviction que de nombreuses disciplines médicales observent les mêmes phénomènes biologiques mais les décrivent avec des langages différents. Chacune possède une partie du puzzle. Notre ambition n'est pas d'effacer ces différences, mais de construire des ponts entre elles. 

C'est dans cet esprit que je republie aujourd'hui un travail rédigé il y a deux ans. À cette époque, j'avais proposé le terme Immunopuncture pour désigner une lecture commune de plusieurs techniques d'injection non stéroïdiennes : prolothérapie, glucopuncture, thérapie périneurale et auto-sanguis. 

L'idée n'était pas de créer une nouvelle discipline. L'idée était beaucoup plus simple : se demander si ces techniques, pourtant très différentes dans leur pratique, ne mobilisent pas finalement des programmes biologiques voisins.

Au lieu de considérer ces injections comme de simples traitements symptomatiques, pourquoi ne pas les regarder comme des interventions capables d'orienter les mécanismes de réparation, de résolution et de régulation du système immunitaire ? 

Cette réflexion reste une hypothèse de travail. Elle demande naturellement à être discutée, enrichie, parfois corrigée. C'est précisément le rôle que je souhaite donner à l'A.N.I.® Academy : un lieu où l'on réfléchit ensemble avant d'affirmer. 

Je vous souhaite une excellente lecture. 

Dr Jacques Deneef Fondateur de l'A.N.I.® Academy 

NOTE PRATIQUE 

Ce premier Cahier est exceptionnellement diffusé dans son intégralité afin de vous faire découvrir ce nouveau format. À partir du Cahier n°2, les Cahiers seront publiés exclusivement sur academy-ani.eu. Vous recevrez simplement une newsletter annonçant chaque nouvelle parution, avec un lien direct vers le site. 

 Immunopuncture 

Vers une modélisation immunométabolique des injections non stéroïdiennes dans la douleur et la régulation tissulaire 

ABSTRACT 

Non-steroidal injection therapies such as prolotherapy, glucopuncture, perineural injection therapy (PIT), and autologous blood injections (auto-sanguis) are emerging as valuable options for tissue modulation and chronic pain management. Although historically considered marginal or empirical, these techniques can be reinterpreted through the lens of tissue immunology and immunometabolism. We propose the concept of "immunopuncture" as a unifying framework encompassing these local interventions that act on innate immunity (via DAMPs and PRRs), neuroimmune circuits (via TRPV1, CGRP, Substance P), and isopathic reinformation (via autologous blood). Each modality mobilizes specific macrophage programs, efferocytosis, or tolerance induction mechanisms. By mapping their immunometabolic profiles, this narrative review repositions these injections not as anti-inflammatory agents but as activators of resolution biology. We propose a clinical application model integrating biological ratios (Zn/Cu, T3/cortisol, N/L, CD4/CD8) and suggest future directions for clinical training under the Academy for Nutritional Immunotherapy®. 

1. Introduction : vers une définition de l'Immunopuncture 

La douleur chronique et les processus de dégénérescence tissulaire posent aujourd'hui un défi thérapeutique majeur, souvent réduit à des approches symptomatiques. Pourtant, certaines techniques injectables à visée locale, longtemps marginales, connaissent un regain d'intérêt, notamment en raison de leur action non stéroïdienne et de leur potentiel régénératif. 

Le concept d'Immunopuncture est ici proposé comme un cadre unificateur regroupant les injections régionales non stéroïdiennes qui agissent sur les voies immunitaires innées (via les DAMPs et les PRRs), les circuits neuro-immuns (TRPV1, CGRP, Substance P), ou les mécanismes de tolérance (auto-sanguis). Il s'agit donc d'interventions qui n'agissent pas contre l'inflammation mais qui cherchent à la réorienter, à activer des réponses réparatrices ou à induire la résolution. 

2. Immunothérapies injectables locales : histoire et renaissance 

Dans les années 1930 à 1960, des praticiens appliquaient déjà l'auto-hémothérapie (auto-sanguis) ou l'injection de substances telles que la térébenthine, le lait ou les extraits embryonnaires dans le cadre de pathologies auto-immunes. C'est dans ce contexte qu'est née la prolothérapie moderne, conceptualisée par George Hackett. 

Parallèlement, en Allemagne, la tradition homéopathique et isopathique conduit à formaliser l'auto-sanguis de degré (Heel) : une injection de sang veineux intramusculaire, parfois dilué ou dynamisé, pour stimuler la régulation immunitaire endogène. 

Plus récemment, le Dr John Lyftogt a développé la thérapie d'injection périneurale (PIT). Enfin, la glucopuncture, développée plus récemment encore, se base sur des injections superficielles de D5W pour moduler l'intégrité fasciale et le métabolisme cellulaire local. 

3. Mécanismes immunométaboliques de la prolothérapie (PrT) 

La prolothérapie repose sur l'injection d'une solution hyperosmolaire (souvent du dextrose 12,5–25 %) dans des ligaments pathologiques. Cette injection provoque un stress osmotique, entraînant la libération de DAMPs : ATP, HMGB1, acide urique. 

Ces DAMPs activent les récepteurs PRR, notamment TLR4 et RAGE, ce qui déclenche une réponse inflammatoire locale stérile. Cette réponse correspond à un programme macrophagique pro-inflammatoire évoluant progressivement vers un programme de résolution et de réparation tissulaire (TGF-β, IL-10). Les appellations M1 et M2, encore largement utilisées dans la littérature, sont ici employées comme repères pédagogiques décrivant les deux extrémités d'un continuum fonctionnel, plutôt que deux populations cellulaires totalement distinctes — une nuance aujourd'hui plus fidèle aux connaissances actuelles. 

Des études cliniques montrent des améliorations de la densité collagénique et de la stabilité articulaire. Cette méthode mobilise pleinement l'immunité innée pour déclencher une fibrose contrôlée et réparatrice. 

4. Glycolyse, efferocytose et glucopuncture (GP) 

La glucopuncture repose sur l'injection de glucose isotonique (5 %) dans le tissu sous-cutané et les fascias superficiels, sans effet irritant. Elle n'active pas de réponse inflammatoire mais agit sur les canaux TRPV1 des nocicepteurs. 

Elle favorise un métabolisme macrophagique orienté vers la résolution, via la glycolyse contrôlée. Le glucose stimule la réentrée de l'énergie dans les macrophages bloqués en état pro-inflammatoire. Cela facilite l'efferocytose, l'élimination des cellules mortes, et donc la résolution de l'inflammation. 

Son action est rapide, locale, et souvent immédiate. Elle est utilisée dans les douleurs myofasciales, les tendinites, les névralgies, et se prête à une pratique sans guidage échographique. 

5. Modulation neurogène et thérapie périneurale (PIT) 

La PIT cible les nerfs périphériques superficiels, responsables de douleurs neurogènes ou inflammatoires de bas grade. Elle utilise du dextrose tamponné à pH neutre, injecté autour du nerf sous-cutané. 

Elle permet une hydrodissection, relâche la compression nerveuse, module les récepteurs CGRP et Substance P. Contrairement à la prolothérapie, elle ne génère pas d'inflammation mais rétablit une fonction neuro-immunitaire altérée. 

Elle est utile dans les neuropathies, les douleurs post-zostériennes, les sciatalgies, et les syndromes canalaires. 

6. Auto-sanguis et réinformation endogène : vers une immunothérapie isopathique 

L'auto-sanguis de type Heel consiste à prélever du sang veineux (2–5 mL), puis à l'injecter en IM, pur ou dilué, parfois dynamisé (plasma activé, formes homéopathiques). Cette technique vise à provoquer une réinformation immunitaire par signal du soi. 

L'injection induit une stimulation douce des PRR (notamment TLR9), avec activation des cellules dendritiques, sécrétion modérée de cytokines, et induction de lymphocytes T régulateurs (Treg). 

Cette technique s'inscrit dans une logique de tolérance périphérique et de rééquilibrage global, utile dans les pathologies auto-immunes, la fatigue chronique, les terrains Th2 ou Th17 dominants. 

7. Discussion : vers une cartographie des injections à visée immunitaire 

Le tableau suivant propose une cartographie synthétique des quatre techniques présentées, selon leur signal biologique principal, leur cible immunitaire et la réponse tissulaire attendue. 

Technique 

Signal principal 

Cible immunitaire 

Réponse attendue 

Prolothérapie 

DAMPs (hyperosmolarité) 

PRR (TLR4, RAGE), continuum pro-inflammatoire → résolution 

Inflammation stérile, fibrose contrôlée 

Glucopuncture 

Glucose isotonique 

TRPV1, métabolisme de résolution 

Résolution non inflammatoire, efferocytose 

PIT 

Dextrose tamponné 

Nerf périphérique 

Anti-inflammation neurogène, CGRP↓, SP↓ 

Auto-sanguis 

Sang autologue 

PRR (TLR9), Treg 

Tolérance, réinformation du soi immunitaire 

Perspectives 

L'Immunopuncture constitue avant tout une proposition de lecture immuno-biologique de techniques déjà largement utilisées en pratique clinique. 

Quelle que soit l'évolution future des connaissances, cette approche invite à déplacer notre regard. L'objectif n'est plus uniquement de diminuer une inflammation ou de supprimer une douleur. Il devient de comprendre comment certaines interventions locales peuvent orienter les mécanismes naturels de réparation, de résolution et de régulation tissulaire. 

C'est précisément cette manière de raisonner que l'A.N.I.® Academy souhaite développer : partir de la biologie du vivant avant d'interpréter la maladie.  

Références 

  1. Lyftogt J. Subcutaneous prolotherapy for Achilles tendinopathy: the Hackett-Hemwall technique. Australas Musculoskelet Med. 2007;12(2):107–109. 
  2. Rabago D, Slattengren A, Zgierska A. Prolotherapy in primary care practice. Prim Care. 2010;37(1):65–80. 
  3. Hauser RA, Lackner JB, Steilen-Matias D. Dextrose prolotherapy for chronic musculoskeletal pain. Clin Med Insights Arthritis Musculoskelet Disord. 2016;9:139–144. 
  4. Eftekharsadat B, Babaei-Ghazani A, Habibzadeh A, Ghojazadeh M. Prolotherapy versus corticosteroid injection for the treatment of lateral epicondylosis. J Orthop Sci. 2013;18(5):697–700. 
  5. Lyftogt J. Glycocalyx and chronic pain: A new hypothesis for chronic pain mechanisms and therapy. Pain Med. 2022;23(4):739–745. 
  6. Bevers K, Bijman R, de Jongh R. Perineural injection therapy for treating peripheral neuropathy: A review of current evidence. J Pain Res. 2021;14:2367–2378. 
  7. Cagnie B, Coppieters I, D'Herde K, et al. Vascularization and innervation of the thoracolumbar fascia: a histological study. J Anat. 2011;218(6):577–585. 
  8. Lee A, Park Y. The effects of subcutaneous 5% dextrose injections on chronic low back pain: A double-blind randomized controlled trial. Medicine (Baltimore). 2020;99(28):e21173. 
  9. Rabago D, Nourani B. Prolotherapy for osteoarthritis and tendinopathy: a descriptive review. Curr Rheumatol Rep. 2017;19(6):34. 
  10. Hackett GS. Ligament and tendon relaxation treated by prolotherapy. Charles C. Thomas; 1958. 
  11. Reckeweg H-H. Homotoxicology and Homeopathy. Heidelberg: Aurelia Verlag; 1977. 
  12. Dumitrescu A, Tison-Roberts C. Immune modulation by endogenous blood injections: a potential isopathic therapy. Int J Integr Med. 2012;15(2):112–118. 
  13. Ghasemi M, Rajabzadeh A, Mohammadi M. TRPV1 receptor: a potential target for the management of pain. J Cell Physiol. 2021;236(3):1690–1703. 
  14. Serhan CN. Pro-resolving lipid mediators in health and disease: the return of the omega-3 fatty acids. Nat Rev Immunol. 2014;14(10):719–731. 
  15. Mantovani A, Biswas SK, Galdiero MR, Sica A, Locati M. Macrophage plasticity and polarization in tissue repair and remodeling. J Pathol. 2013;229(2):176–185.  

L'A.N.I.® Academy se construit 

Au cours des prochains mois, plusieurs Membres Fondateurs qui souhaitent participer activement à son développement seront progressivement présentés sur notre site. Certains deviendront chargés d'enseignement dans leur domaine d'expertise : nutrition, dentisterie, acupuncture, immunologie clinique, biologie, médecine régénérative et d'autres disciplines encore. 

Notre ambition est de réunir des compétences autour d'une même exigence : comprendre toujours mieux la biologie du vivant avant de prétendre comprendre la maladie. 

Merci de votre confiance. À très bientôt pour le prochain numéro des Cahiers de l'A.N.I.® Academy — à retrouver sur academy-ani.eu. 

Dr Jacques Deneef 

DANS LE PROCHAIN NUMÉRO 

Pourquoi les maladies chroniques ne guérissent-elles pas ? De la cause d'une maladie au processus de chronicisation.