Il était une fois.... Le Vivant.

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Il était une fois.... Le Vivant.

Il était une fois une chose fragile. Ni animal, ni plante, ni conscience, une simple organisation de matière, perdue dans un univers qui ne lui voulait ni bien ni mal, mais qui menaçait à chaque instant de la dissoudre.

Le monde extérieur n'était pas hostile par méchanceté. Il était simplement immense, chaotique, changeant : température, radiations, toxines, prédateurs, manque de nourriture, catastrophes géologiques, virus, bactéries, compétiteurs. Le vivant naquit donc immédiatement dans un problème fondamental — comment continuer à exister.

Pour survivre, cette première cellule dut développer trois fonctions adaptatives fondamentales.

La première fut le métabolisme. Elle apprit à capturer de la matière et de l'énergie dans le monde extérieur : manger, transformer, produire, réparer, stocker, brûler, ralentir, accélérer. Le métabolisme devint la première économie du vivant.

La deuxième fut l'immunité, au sens le plus large du terme — non pas encore les lymphocytes, les anticorps ou les cytokines, mais quelque chose de beaucoup plus ancien : la capacité de distinguer ce qui permet de persister de ce qui menace la cohérence de l'être vivant. La cellule dut apprendre à reconnaître ce qui nourrit, ce qui détruit, ce qui peut être intégré et ce qui doit être rejeté. L'immunité fut d'abord une intelligence de survie, une capacité à maintenir une frontière entre soi et le monde, entre l'ordre intérieur et le chaos extérieur.

La troisième fut la reproduction. Car même la cellule la plus parfaite finirait un jour par disparaître. Le vivant comprit alors une loi fondamentale : survivre individuellement ne suffisait pas, il fallait transmettre la structure capable de survivre. Se multiplier devint une manière de lutter contre la mort.

Ainsi émergèrent les trois grandes fonctions fondamentales du vivant — métabolisme, immunité, reproduction. Tout le reste viendrait ensuite : les organes, les systèmes nerveux, les hormones, les sociétés, les émotions, les croyances, les médecines. Mais au commencement, il n'existait déjà qu'une seule question : comment rester vivant sans se dissoudre dans le monde.

Le vivant comme résistance à la dissolution

La vraie question du vivant n’est peut-être pas : « comment vivre ? » Mais plutôt : comment maintenir une cohérence locale dans un univers qui tend naturellement vers la dispersion. Cette formulation n’est pas métaphorique. Elle est physique.

En 1944, Erwin Schrödinger posait déjà la question en ces termes : le vivant se nourrit d’entropie négative. Il maintient son ordre propre en exportant du désordre vers l’extérieur.

Trente ans plus tard, Ilya Prigogine donnait à cette intuition son cadre formel : les structures dissipatives, systèmes maintenus loin de l’équilibre thermodynamique par un flux continu d’énergie. Le vivant n’est pas en équilibre.

Il est en déséquilibre organisé, permanent, coûteux. Le vivant devient alors une anomalie thermodynamique organisée. Une petite poche temporaire de résistance contre l’entropie.

Métabolisme et immunité cessent alors d’être deux disciplines séparées.

Le métabolisme consiste à capter du monde extérieur pour maintenir l’ordre intérieur. L’immunité consiste à empêcher que le monde extérieur détruise cet ordre intérieur. Les deux sont inséparables.

Manger est déjà un risque immunologique. S’ouvrir au monde expose toujours à être transformé par lui. Toute nutrition est une négociation avec l’extérieur. Et inversement, toute immunité possède un coût métabolique. Défendre une structure exige de l’énergie. Reconstruire exige de l’énergie. Tolérer exige de l’énergie. Attaquer exige de l’énergie. Ainsi, dès l’origine, immunité et métabolisme apparaissent comme deux expressions d’une même fonction fondamentale : la gestion des échanges avec l’exotope (P.Bricage).

à suivre

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